La crise économique et financière qui a secoué le monde sans épargner l’Europe, offre un tableau inquiétant si l’on n’y regarde pas de plus près.
A première vue, les effets sont considérables : ils portent sur d’importantes destructions d’emplois, aggravent les déficits publics, et font apparaître une crise financière apparemment inquiétante pour l’euro, un des plus importants piliers de l’intégration européenne.
Avec 18 mois de recul, une analyse plus froide s’impose. Sans l’Europe, les dégâts du chômage auraient été massivement plus importants, le protectionnisme et ses perspectives de récession se serait imposé, nous n’aurions pu échapper à une cinglante dévaluation qui signifie perte lourde du pouvoir d’achat. Et ces chocs auraient entrainé des conséquences sociales et politiques incalculables. Il faut se souvenir que la crise économique de 1929 a duré 10 ans, qu’elle a débouché sur un chômage massif, accompagné en Europe par le fascisme, le réarmement, et la guerre.
Au lieu de cela, même si la période n’est pas rose, la crise est raccourcie. On reparle déjà de croissance, même faible, le marché intérieur européen (qui nous permet d’écouler une grande partie de notre production) a résisté au protectionnisme, la zone euro nous a protégés des dévaluations, les banques n’ont pas été mises en faillite sur notre continent, et la Banque Centrale Européenne a ouvert les robinets des liquidités pour faire face.
Pour autant, la crise aura été un révélateur du fonctionnement européen. Sur le plan économique et monétaire, la stratégie de Lisbonne qui devait dessiner notre avenir économique est loin d’avoir été appliquée à la hauteur des espoirs. Les déficits publics dans nombre de pays ont atteint la cote d’alerte. La réforme fiscale européenne reste un vœu pieux, et l’harmonisation sociale n’est pas pour demain.
Sur le plan institutionnel, il a fallu 9 ans pour accoucher du Traité de Lisbonne, et 9 mois pour le mettre en place. S’il renforce et rationnalise les Institutions, il met aussi en évidence des zones d’ombre et des incertitudes. Qui préside l’Union, qui est le visage de l’Europe auprès de l’opinion, quelle politique étrangère…?
On ne change pas le gouvernail d’un bateau quand il traverse la tempête. C’est pourquoi malgré quelques incohérences, je partage l’avis du Président du Conseil, Monsieur Van Rompuy : nous devons nous consacrer d’abord à sortir de la crise, et non pas à réécrire de nouvelles Institutions.
Pour sortir de la crise, il me semble urgent de faire un point dans 3 domaines : l’agenda économique, l’agenda écologique, et les décisions budgétaires. Mais le plus frappant, c’est la distorsion entre nos besoins, et notre vécu. Notre besoin, c’est plus de parallélisme économique entre les pays membres, c’est plus de gouvernement de la monnaie : c’est donc plus de communautaire et moins de « chacun pour soi ». Le vécu souvent exprimé, c’est que l’Europe ne nous protège pas ou pas assez. Il faut le redire, cette apparence est fausse. Si l’Europe était davantage achevée, clarifiée, disciplinée, harmonisée, elle serait une défense encore plus efficace contre la crise mondiale. Je sais bien que le bonheur n’est pas fait du malheur qu’on n’a pas, qu’on peut toujours espérer passer entre les gouttes. Mais sans la construction européenne, cette crise nous aurait jetés par terre, engendrant des désordres sociaux et politiques dont nous européens connaissons trop bien les risques.
02/02/2012 : Réunion de la délégation française du PPE

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