- Bien sûr la situation des finances publiques grecques. Elle était inacceptable au moment de l’entrée de ce cher pays dans l’euro, elle n’a fait qu’empirer à cause notamment d’une gestion des finances publiques catastrophiques, de l’absence d’un système fiable de rentrée des impôts et taxes. 50% de la dette grecque vient d’être abandonnée et ce sont les banques privées qui paieront cette addition, ce qui me semble logique. L’ordre public financier doit passer avant les dividendes des actionnaires.
- Deuxièmement l’économie grecque, compte-tenu de sa taille modeste, n’est absolument pas une menace pour l’euro. L’absence de solidarité, les tergiversations, les paroles européennes reniées (« nous n’abandonnerons pas la Grèce » ont dit plusieurs responsables), la méfiance vaguement méprisante d’une partie des élites allemandes, tout cela a incité les marchés à spéculer, à opposer la Grèce, contre l’ensemble du système financier. La confiance n’y était pas, alors on pouvait tenter de s’enrichir en jetant par terre certains pays de la zone euro.
- Troisièmement la vraie crise, c’est nous, pays cruellement endettés, géographiquement surtout au sud de l’Europe, qui l’avons progressivement créée. Les pays qui dépensent plus qu’ils n’encaissent ou ne créent de richesses ont ouvert une boite de pandore qu’il va bien falloir refermer. Et se libérer de l’endettement ne sera pas facile, surtout dans une période qui oscille entre la croissance très molle, et les tentations de récessions. Pourtant, malgré les sondages de popularité des gouvernements, malgré les élections et les caméras braquées dessus, les Gouvernants sont appelés à être jugés non seulement par les urnes mais plus important par l’Histoire.
Toutes les périodes graves ont évacué les Gouvernants dans les méandres de l’histoire, et n’ont retenu que ceux qui se sont hissés, popularité ou non, au niveau du redressement historique d’un pays ou d’un continent. C’est bien la question qui nous est posée : le sommet de Bruxelles a redonné un peu de confiance donc calmé provisoirement les spéculateurs, mais tout cela nous le savons, sont les murs d’une maison qui n’a pas encore sa toiture, c’est une voiture sans volant. Que faut-il de plus ? Fédéraliser la décision économique, budgétaire, financière, préparer un resserrement des écarts de fiscalité sans forcément vouloir un taux unique, et s’avancer vers une fonction régalienne de notre gouvernement économique.
Le fédéralisme mérite une explication de texte. Ce n’est pas vouloir tout faire à la place de tout le monde, légiférer sur le nombre de dents des poissons, ou sur la taille du tricotage des écharpes. Le fédéralisme, c’est diriger au nom de tout ce que les Etats par eux-mêmes ne peuvent pas faire tout seul. Aux Etats-Unis, référence fédérale intéressante, certains Etats paient beaucoup d’impôts, certains n’en paient pas. Ce n’est pas à l’uniformité parce que l’harmonie du système est garantie par un budget fédéral qui pèse à lui même près du 5e du PIB des Etats-Unis. C’est vers ce système que nous devons aller car dans la guerre économique de la mondialisation, aucun pays (même l’Allemagne qui tire sa richesse principale de son commerce dans la zone euro) ne pèse suffisamment face au géant que sont encore les Etats-Unis, mais que sont devenus les BRIC (Brésil-Russie-Inde-chine). Je ne parle pas de ceux qui réclament la sortie de l’euro qui nous vaudrait au moins deux dévaluations sacrifiant comme toujours les classes moyennes et les classes populaires pauvres. Quant à ceux qui osent faire campagne en demandant à ce que l’on quitte l’Union, qu’ils relisent donc l’histoire : la violence anti-démocratique des formations extrémistes dans l’entre deux-guerres, avant de s’imposer par des armées de nervis comme ce fut le cas en Allemagne, sont arrivés paisiblement par les urnes en surfant sur le désarroi populaire. En Allemagne notamment.
Le sommet de Bruxelles n’est pas la panacée universelle, mais ce sont de bonnes décisions. La direction est bonne, il faut maintenant aller jusqu’au bout c’est-à-dire créer une direction fédérale de l’économie, et très vite reconstruire un Traité en conséquence.

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